____________

AlainX

 

This page is powered by Blogger. Isn't yours?

samedi 19 décembre 2009

 
Y aura-t-il de l'amour à Noël ?

Ce matin à la radio j'entends un responsable du Secours Catholique (j'ai oublié son nom). Inutile que je détaille ce qu'il dit à quelques jours de Noël, chacun devine aisément ses propos sur les plus démunis, en particulier il évoque les travailleurs pauvres, les petits artisans en faillite, que personne n'indemnise, et qui viennent à la soupe populaire.
Et puis, dans la seconde qui suit, sans qu'il soit possible d'aucun recul personnel, d'aucune fraction de seconde pour réfléchir quelque peu, se laisser imprégner parce que l'on vient d'entendre... Voilà que tonitrue une publicité pour le foie gras... financée par la communauté européenne, précise le spot vocal...

Dans quel monde est-ce que je vis ?

Qui peut bien décider de laisser passer « ça comme ça » à la radio... ? Dans ce contexte-là !
Ça ne semble offusquer personne. C'est la routine...
Un type vient de nous parler avec ses tripes de la misère du monde, et juste derrière, dans la régie, un autre type appui sur le bouton de lancement dans la fraction de seconde qui suit : paf ! Une publicité pour le foie gras que je finance moi-même, puisque les fonds de la communauté européenne, à l'origine, viennent de mes impôts...

Et voilà !
Dans quel monde est-ce que je vis ?
Dans ce monde-là !

Alors, j'ai été saisi d'une intense tristesse. Quelque chose qui venait me toucher tellement loin que j'en avais mal.
J'étais seul au petit déjeuner. Ma compagne était partie tôt, justement, faire des achats en prévision des repas familiaux qui vont démarrer dès demain dimanche, parce que la smala d'Abdelkader ne va pas tarder à débarquer. Et justement, hier soir on avait parlé de foie gras, parce que l'un de mes gendres aime bien, et aussi chapon ou poularde de Bresse et noix de Saint-Jacques... Parce que quand même, on ne va pas fêter Noël aux oeufs au plat et aux nouilles...

Difficile de reconnaître à quel point je me suis embourgeoisé, comment j'ai glissé lentement sur cette pente d'année en année. Où est-il le temps de ce Noël en "communauté de base" où nous avions organisé un « jeune festif ». Où est-il ce 25 décembre passé chez les "Petits Frères des Pauvres". Voilà que dans quelques jours je vais étaler du foie gras sur un toast...

Évidemment, on aurait pu réfléchir à autre chose. Proposer autre chose à mes enfants. Mais voilà, on a réfléchi à rien. On a fait « comme d'habitude ». Ce n'est même que hier soir qu'on a vaguement fait un programme... bourgeois... !

Oh ! Bien sûr, tout le monde sera content ! Un de mes petits-fils disait au téléphone, Papy j'espère que tu as prévu un grand sapin ! J'ai dit qu'il n'y en aurait qu'un petit... Et que je comptais sur des décorations faites par lui-même...

Alors oui, peut-être, sûrement même, qu'il y aura un peu d'amour partagé. Mais partager avec qui ? Avec ceux qui en ont déjà tellement reçu...
Que pouvions-nous faire pour aller partager un peu d'amour avec ceux qui en ont si peu...
Depuis ce matin c'est à cela que je réfléchis...




|

mardi 15 décembre 2009

 
Vie sans âtre

Hier je disais à quelqu'un que je n'avais plus envie d'écrire, et voilà que j'y reviens. J'ai surtout le sentiment de ne plus avoir grand-chose à dire. Alors, si je me mets à écrire pour ne rien dire, c'est sans doute encore pire que je ne croyais !
Déjà qu'il y a des gens qui m'énervent : ceux qui parlent (ou écrivent) pour ne rien dire ! Voilà que moi je vais n'y mettre. Je vais m'auto-détester !

Écrire pour meubler de mots un blog qui s'effrange peu à peu.
A l'image de ma vie qui s'effiloche lentement, partant en lambeaux de ci de là.
Mon corps aussi part en morceaux. En débris progressifs. Les forces me quittent comme ma vie s'en va. Je me dis qu'un jour il n'en restera plus rien. Je vais m'éteindre comme un feu s'achève. « Mourir à petit feu », dit l'expression populaire.
Je n'arrive même pas à m'attrister de mes incapacités de ressauts. J'en admets l'irrévocable destin, puisque cela est écrit dans mon corps depuis 50 ans. C'est une infortune choisie à défaut d'avoir trouvé mieux.

Phénomène hivernal ?
Peut-être !
Noël, avec sa périodicité et ses usages constitue une balise. Un repère. D'année en année j'observe ce qui ne m'est plus accessible. Il fut un temps où chaque année apportait un « plus » ; maintenant chaque année apporte un « moins ».
Je suis passé sur l'autre versant. Ce n'est d'aujourd'hui. Mais, lorsque l'on a commencé la pente descendante, au début on marche à un rythme normal, puis, la pesanteur, nos propres pesanteurs nous amènent vers une accélération qui précipite plus vite vers l'abîme.
Alors, je me regarde dans ce mouvement. Avec une sorte de désabusement flasque.

Le feu s'éteint sans détresse. Il s'éteint parce qu'il a fini son temps de feu.
Je ne brûle plus.
Je me consume.

Libellés :




|

lundi 7 décembre 2009

 
le lundi au soleil...


C'est donc parti pour le grand raout concernant le réchauffement de la Planète.
Ce matin, l'une des têtes pensantes du truc, dont j'ai oublié le nom déclare à la radio : « le réchauffement n'est pas dû à la nature mais à l'activité humaine. » Évidemment, il emploie le terme nature dans le sens des réalités matérielles indépendantes de l'activité et de l'histoire humaine. Mais quand même, c'est curieux de penser que l'activité humaine serait en quelque sorte « hors nature ». Les hominidés que nous sommes ne sont-ils pas des simples produits de la nature ? Comme nos cousins les chimpanzés ? (Que l'on n'a pas encore accusé d'être responsable du réchauffement, mais ça pourrait venir, comme les vaches qui pètent trop... ) Et tout être vivant à une « activité ». Y aurait-il des activités naturelles ? D'autres hors nature ? D'autres encore surnaturelles ?

J'ai l'air de faire de la philosophie de comptoir... Et cependant... Est-ce que l'on va pouvoir aborder sérieusement le problème du réchauffement de la planète et de l'éventuelle responsabilité de l'homme à cet égard (ce qui n'est quand même pas vraiment démontré...), sans se poser la question de ce qu'est la « nature humaine » dans son essence, son essentiel, sa raison d'être ?

Jusqu'à présent, la question ne semble pas intéresser grand monde, et sûrement pas la classe politique qui n'a que des visions purement économiques, matérialistes, et à court terme, même si elle donne l'impression de nous parler la main sur le coeur pour le bien des générations futures... Ce n'est pas à un vieil hominidé qu'on apprend à faire des grimaces !

*


Dans le débat, il y avait J.L. Borloo, le prophète TSarkozyen de la Parole, qui comme d'habitude nous a fait le couplet grandiloquent et néanmoins lyrique du catastrophisme de bon aloi.
Il nous a parlé de la « voiture décarbonée » (pour ceux qui n'auraient pas mis à jour leur dictionnaire, il s'agit d'un mot TSarkozyen, fabriqué de toutes pièces dans les ateliers de chez Renault, mot que le prophète Borloo reprend régulièrement). Oui, parce qu'il ne faut pas parler de la voiture électrique, qui pose quand même de sacrés problèmes avec la nécessité de ces batteries au lithium, vu que pour avoir le lithium, il va falloir quand même piller des millions et des millions d'hectares dans les nouveaux pays de "l'or gris" et dégueulasser une bonne partie de l'Amérique latine. Ces pays vont remplacer ceux de "l'or noir". Va donc falloir créer de nouvelles pollutions (poauhh!) Avec les dernières gouttes de pétrole (rhooo!), pour extraire le fameux lithium avec des procédés qui seront particulièrement polluants (fioouuu on n'en sort pas !!) Les multinationales sont déjà sur le coup, et la France a envoyé Bolloré pour voir comment se faire du blé là-bas...
Donc, parlons plutôt de la « voiture décarbonée ». Ce qui, remarquons-le au passage, ne veut strictement rien dire, mais ça sonne bien !

Le prophète Borloo a également déclaré à ses disciples (c'est nous les disciple, des fois que vous n'auriez pas bien capté) : « ne Pas-Gaspiller, être Raisonnable, Produire et Consommer Localement ». Autrement dit, devenez PGRPCL. Donc, notez bien, c'est le nouvel évangile... On n'achète plus, on fait gaffe à tout, on ne délocalise plus, vive le Made in France pour tous. Exit la Chine, l'Inde, le Maghreb, et même l'Europe au fond !! Désormais on fait tout à la maison ! Ce sera hors de prix, mais au moins on aura produit et consommé localement).
Et moi je dis chapeau ! Ça c'est de la vision prophétique ! Enfin on voit clairement où l'on va...

Hélas, on sait bien comment finissent les prophètes ! Rejetés par les foules consommatrices en délire d'un côté, et par la vague croissante des chômeurs que produira le PGRPCL ! observons d'ailleurs au passage que ce seront les mêmes personnes, ce qui n'arrangera pas les petites affaires du prophète Borloo.

Cela n'a d'ailleurs pas tardé.
Après, avoir entendu les chaudes incantations prophétiques, sur cette belle radio de service public, on nous a distillé la merveilleuse publicité institutionnelle pour « les arts de la table ». Le message disait en substance que la femme qui n'avait pas renouvelé tout son service de table vieux de 10 ans était une véritable conne.
Pauvre prophète Borloo ! Sitôt parlé, sitôt démenti par la publicité qu'il autorise sur son service public pour l'industrie de l'inutile et du luxe qui vient vous rappeler que tout ça, le raisonnable, le non gaspillage, c'est des conneries et qu'il faut consommer et consommer encore, gaspiller en s'achetant des assiettes neuves et autres choses du genre, surtout en cette période des fêtes...

*


Il y avait aussi le trublion de service. Celui qui ne croit pas à la Loi et aux Prophètes (je veux dire aux scientifiques majoritaires). L'hérétique (que Dieu le protège), qui ose avancer la théorie que peut-être... Le soleil... Pourrait avoir une grande part de responsabilité dans le réchauffement... Quoi ? oser ce discours de mécréant ? (Que Allah lui pardonne).
Rendez-vous compte, il pourrait y avoir des causes naturelles au réchauffement... Mais alors ! On n'y pourrait pas grand-chose ? Ce serait terrible ! Les politiques n'auraient plus de possibilités ni de raisons d'agir. Et puis, maintenant qu'on a lancé l'économie capitaliste verte et écolo, on ne va pas revenir en arrière...
Désormais, la croissance sera verte, et si le réchauffement était naturel pour quelques siècles parmi les milliards et les milliards d'années passées et à venir, alors cela flanquerait par terre ce magnifique projet du XXIe siècle qui va redonner de l'espérance à tous, qui ouvre sur le nouveau paradigme de "sauver la Planète" en faisant travailler les foules à la sueur de leur front pour cette belle cause quasiment interplanétaire.

Rendez-vous compte ! Si c'était principalement la faute au Soleil ! (Comme le soutient un certain nombre de scientifiques pas plus cons ni moins sérieux que les autres)
Faudrait aller ressusciter les Incas, les Égyptiens et le dieu Râ, se remettre à adorer le Soleil, lui offrir des sacrifices humains pour qu'il se calme un peu.
La laïcité et l'identité nationale n'y résisterait pas !...

Nous vivons une époque passionnante.

Libellés :




|

jeudi 3 décembre 2009

 
Il n'y a plus d'amour...

Maryse au téléphone : « Je quitte Jean-François, il n'y a plus d'amour entre nous ».
Pour Maryse, c'est la faute à l'amour. Il s'en est allé.
Où ? On n'en sait trop rien... En tout cas il n'est plus là.
C'est un peu le fond des propos qu'elle me tient du genre : « Je croyais trouver l'amour avec lui, mais je me suis trompé. » - « il faut croire que je ne sais pas m'y prendre en amour » - « avant on aimait bien faire l'amour ». Etc.
Elle me donne l'impression que l'amour est un tiers, presque un étranger, quelque chose qui vient et qui s'en va, qui est là, puis qui ne l'est plus. Elle en parlerait presque comme d'un « produit ». Une réalité qui serait quasiment détachée de la personne.

Je la connais depuis longtemps Maryse. Elle fait parti de ces femmes qui semblent assez inaccessibles à leur intériorité. Souvent elle disait : « J'ai la chance de ne pas trop me poser de question ! Je vis ! »

C'est sûr qu'elle vivait, beaucoup même, mais toujours à l'extérieur d'elle-même. Et c'est donc là, à l'extérieur, qu'elle a cherché l'amour, un peu comme on chercherait un bon lire dans une librairie. Elle a trouvé Jean-François. Seulement voilà, elle n'a pas véritablement rencontré une personne humaine : elle a « trouvé l'amour ». C'est encore une petite fille Maryse, qui cherche l'amour comme on cherche un jouet au fond d'une malle au trésor, quelque chose de gratifiant que l'on pourrait utiliser pour soi... Et pour le temps où la gratification se manifestera suffisamment.

Dans ce schéma, l'amour n'est pas une source. L'amour est un consommable. Alors forcément, un jour, il n'y a plus d'amour, comme il n'y a plus de whisky dans la bouteille... Alors on jette la bouteille. D'ailleurs elle dira : « il n'est plus rien pour moi... ».

Elle m'a beaucoup attristé, Maryse, l'autre jour au téléphone.

Libellés :




|

vendredi 27 novembre 2009

 
Les bienfaits de l'âge

À quel âge devient-on vieux ?, demandait un sondage. À 75 ans répondent les Français. À question idiote, réponse idiote.
Ma belle-mère de 86 ans me disait qu'elle n'aimerait pas aller dans une maison de retraite parce que : « là-bas, il n'y a que des vieux ! », ce qu'elle déclare ne pas être, évidemment...
L'impératif absolu, ce que toute personne se doit de vivre s'il lui reste un tant soit peu de morale et de bienséance, de sens de la dignité, s'il ne veut pas faire chier son entourage,
c'est : « de rester jeune dans sa tête ! ».
Ah ! Jeune dans sa tête ! Avec cela tout vous sera pardonné, excusé, même vos fuites urinaires, du moment que vous êtes jeunes dans votre tête, votre vessie peux vous lâcher, c'est pas grave.

Face à ce diktat, cette pression de tous les instants, cette obligation absolue de citoyenneté bien comprise, me voici contraint et forcé de me poser la question :
« Suis-je jeune dans ma tête ? ».

Tandis que je prépare mon baluchon en vue de faire le voyage jusqu'à ma tête, pas trop chargé si possible, pour ne pas risquer de niquer mes lombaires définitivement, vu mon grand âge, et histoire de voir ce qu'il en est de son état de jeunesse/vieillesse, je sens que je m'angoisse : que vais-je donc trouver là-bas ?
Si jamais je rencontrais encore de la jeunesse à cet endroit ! Si je n'y trouvais pas une tête exactement en adéquation avec la réalité de mon âge, mon Dieu ! Mon Dieu ! Mais dans quel bordel je me retrouverai !...

Et puis, ce serait quand même un terrible constat : dans ma tête, résiderait un jeune con ! Une tête qui croit tout savoir sur tout, qui n'a aucune expérience de la vie, qui ne sait même pas ce qu'aimer veux dire, qui est encore totalement encombré de son petit ego, qui n'a encore rien résolu de ses problèmes, qui bosse pour faire carrière, qui rêve de reconnaissance quasiment à n'importe quel prix, qui n'a rien compris à sa paternité, qui louche sur les seins des filles, qui à la braguette qui le démange trop souvent, qui marche facilement sur la tête des autres pour y arriver, qui croit que le combat dans la jungle de l'affairisme comporte une quelconque noblesse, et bien d'autres choses encore de toutes ces conneries qui font la jeunesse...

Non, je vous en prie, préservez moi d'être « jeune dans ma tête » !

*


Me voici arrivé à destination. En pleine tête ! Ouf ! Le constat n'est pas trop dramatique.
J'ai à peu près la tête de l'emploi. Je suis relativement apte à traverser mon âge et à le vivre.

J'ai pris de la distance avec les contingences matérielles, les frénésies de conquête, les combats inutiles, les fausses croyances, les aliénations consuméristes, les discours lénifiants, l'amour frelaté, les relations néfastes, les compromissions amères, le goût du pouvoir, les jugements à l'emporte-pièce, le nez dans le guidon, l'absence de recul, le manque de hauteur, la faiblesse d'analyse des choses et des êtres, les emportements inutiles, l'insuffisant respect de l'adversaire, bien d'autres choses encore mais surtout, surtout, le manque d'expérience de vie.
Bref, enfin, je ne suis plus jeune dans ma tête !

La jeunesse est sans doute le temps de la concurrence et des performances. Ensuite, vient le temps du retrait, du recul, de la hauteur de vue. Le temps des élargissements de la pensée, des approfondissements de l'être, des réconciliations avec soi-même, avec les autres, avec le monde, avec la vie. Le temps de la récolte des blés qui ont mûri.
Le temps de passer sur l'autre rive. De rentrer en soi-même pour y cueillir les fruits d'une expérience transmissible à qui voudra bien en recevoir une parcelle pour s'en nourrir.
Ah ! Comme j'aurais regretté que mon maître à penser soit « jeune dans sa tête » ! Comme j'aurais regretté que mes autres maîtres se soient pervertis dans une « culture du jeunisme » !
Je n'aurais pas pu « recevoir mon héritage », celui qui m'a permis de passer de la jeunesse à la maturité.

Libellés :




|

jeudi 26 novembre 2009

 
Vous aimiez-vous ?

Discussion hier soir avec ma compagne à propos du couple parental et de l'amour entre eux. Non pas une discussion « en l'air », mais à propos d'une situation précise d'un enfant en difficulté qu'évidemment je n'exposerai pas ici.

Ma compagne évoque ce qu'elle appelle « l'osmose parentale » et combien l'enfance s'imprègne constamment de ce qui se passe entre les parents quant à l'amour qu'ils vivent entre eux, ou le désamour qu'ils se manifestent. Il s'en imprègne de la même manière qu'il apprend peu à peu sa langue maternelle. Comme l'enfant intériorise une langue qui devient « sa langue », de même il « parlera » sa vie affective et sexuelle lorsqu'il sera adulte, selon les modalités de la circulation affective qui furent celles du couple parental (ou de ses substituts) dans lequel il a baigné en permanence. À moins qu'il ne s'engage dans un chemin personnel...

On a ensuite discuté du cas en question, faisant ce constat quant à l'origine de certaines de ses carences. Certes, tout n'est pas compromis, mais comme dit l'autre, dans ce cas-là il va y avoir du taf...

Plus tard, dans la nuit, je me suis demandé ce qu'il en était de l'amour entre mes parents, ce que j'en avais vu, ce que j'en avais ressenti. Je faisais revenir à ma mémoire quelques souvenirs marquants en ce domaine. Je tentais surtout de laisser remonter les ressentis sous-jacents tels que j'avais pu les vivre à l'époque. En me laissant baigner dans cette période de ma vie, que je faisais resurgir, je constatais surtout un fond de tableau quasi permanent, sous forme d'une question simple, et pourtant si essentielle : est-ce qu'ils s'aimaient vraiment ?

L'incapacité à répondre véritablement produisait une insécurité supplémentaire à celle qui provenait de ma mère et qui, elle, se disait ainsi : qu'est-ce qui va encore me tomber sur la tête ?

J'aurais eu besoin de pouvoir compter sur l'amour que mes parents avaient l'un envers l'autre, comme une source purificatrice des eaux troubles présentes chez ma mère et qui générait les comportements exagérés à mon égard.

J'avais confusément l'image que mon père avait pour ma mère un amour pur, parce que calme et pondéré, que la réciproque n'était pas vraie, ma mère étant trop hystérique, démesurée, imprévisible, insaisissable. Il me semblait que si ma mère acceptait les bénéfices de l'amour de mon père envers elle, elle serait, par ricochet, par envahissement des bienfaits paternels, une meilleure mère pour moi, c'est-à-dire mieux aimante. Évidemment, je dis cela aujourd'hui. Enfant, les choses n'avaient pas ce degré de conscience, mais la réalité n'en était pas moins présente dans l'intensité du ressenti, sauf que, hélas, je n'avais pas les mots pour exprimer mon vécu difficile. Et que personne dans l'entourage n'était à même de me faire entrer dans ce chemin de verbalisation, pourtant accessible à l'enfant dès qu'il est « en âge de comprendre », comme on dit.

La manière dont il savait calmer ma mère me rassurait pour un temps, celui des apaisements.
La manière dont il s'emportait à d'autres moments, criant parfois plus fort qu'elle, faisait naître des terreurs que j'avalais comme un gavage qui m'étouffait, étouffait ma vie naissante, commençait à creuser ses dégâts en moi. Car, si mon père n'aimait plus ma mère (puisqu'il la disputait..), alors elle deviendrait comme un animal sauvage toutes griffes dehors, et je serai inévitablement sa proie.

Voilà pour mon enfance. Jusqu'à mes 12 ans. Jusqu'à ce que ma lourde épreuve de santé déplace toutes ces problématiques ailleurs.

Aujourd'hui, avec le recul, avec d'autres paramètres dont je dispose, d'autres analyses que j'ai faites, la confrontation avec la réalité, avec le travail de mon frère sur l'histoire familiale, avec aussi mes ressentis d'adulte envers mes parents, à la question : est-ce que il s'aimait vraiment ? , ma réponse est manifestement OUI.
Enfant, je fus surtout témoin des aspects tumultueux de cet amour, cela me marqua négativement et douloureusement ; mais je ne peux occulter ce que j'apercevais de leur complicité profonde à d'autres moments, de leurs engagements communs, du respect mutuel, avec peut-être une intensité singulière de respect qu'avait mon père envers elle.
On parlait d'osmose, je crois que j'ai appris ainsi, sans le savoir, son conscience, ce que c'était pour un homme de respecter profondément la femme, de la considérer avec toute sa valeur, de ne pas la dévaloriser, ni la rabaisser, quand bien même elle aurait des comportements excessivement contestables.


Je terminerai en disant que les propos que je tiens au début de ce texte ne sont pas le reflet d'un fatalisme, auquel d'ailleurs je ne crois pas. Ils sont cependant le constat d'une réalité déplorable et parfois désastreuse. Ce n'est pas fataliste parce que je crois profondément, pour l'avoir vécu moi-même, pour avoir vu d'autres prendre ce chemin, qu'une restauration profonde est possible, même s'il faut assumer certaines séquelles, et que la puissance de vie qui réside au coeur de l'humain est plus forte que les pulsions de mort (comme la résignation et la désespérance, par exemple). C'est-à-dire que le combat n'est jamais vain, et encore moins perdu d'avance.

Libellés :




|

mercredi 25 novembre 2009

 
Rêve

Mon père était là cette nuit dans mon rêve. Je marchais dans un long couloir, un bâtiment que l'on aurait pu croire abandonné, en mauvais état en tout cas. Il y avait des portes sur le mur latéral, beaucoup de portes. De temps à autre j'ouvrais l'une d'elle et dans la pièce, à chaque fois un petit garçon nu, assis par terre sans bouger. Et à chaque fois j'étais frappé, non par ce petit garçon nu, mais parce qu'au milieu du délabrement général, dans chaque pièce flaschait une magnifique moquette toute neuve.

Je marchais sur le côté droit du couloir, mon père passait et repassait de l'autre côté, longeant l'autre mur, sa serviette de dossiers à la main, dans son costume impeccable, coiffé de son borsalino des années 50. On ne se dit rien. On ne se regarde pas. On se croise indifférents, mais pas comme des étrangers. Je sais que c'est lui, il sait que c'est moi, mais c'est comme s'il n'y avait pas besoin de mots entre nous, et que chacun était à ce qu'il avait à faire.

Puis, sortant d'une des pièces je fus confronté à lui, en face-à-face. Il vint vers moi d'un pas rapide et son corps traversa le mien comme dans les films de fantômes. Cela ne m'étonna pas. Je me suis retourné, et mon étonnement fut de le voir se précipiter sur l'enfant nu pour le prendre et le serrer dans ses bras. Il avait laissé tomber sa serviette et son borsalino avait roulé par terre.

Alors je me suis réveillé.

Aucun rêve ne pouvait sans doute aussi bien signifier la relation à mon père. Ce qu'elle fut pour moi. Il est évident que le petit garçon nu et seul, c'est moi à chaque fois. Autant que l'adulte qui marche dans le couloir.
Relation de distance d'un père accaparé par son métier.
Relation de proximité forte à chaque fois qu'il me consacra du temps.
Et moi, qui n'ai jamais su aller véritablement vers lui lorsque je fus adulte. Et cependant, d'une certaine manière, il me traversait sans cesse le corps, tant j'ai le sentiment que je lui ressemble et que cependant nous sommes restés dans d'incroyables pudeurs relationnelles.

Dans mon rêve, le voici enfin tel qu'il aurait pu être sans son borsalino et sa serviette de dossiers. Non pas l'homme d'affaires auprès de qui chacun venait chercher des conseils avisés, mais l'homme tout simplement, et le père, mon père tout particulièrement.
Celui-là sans doute dont "je rêve encore"...

Libellés :




|

mardi 24 novembre 2009

 
Les amours anciennes

L'étrange nostalgie des amours anciennes.
Elles reviennent périodiquement à la mémoire. Parfois avec un sourire aux lèvres, parfois avec une douleur à l'estomac, parfois elles sont insupportables, parfois elles tirent des larmes, parfois elles nous font soupirer d'aise.
Mais elles reviennent.
Comme une nécessité ?

Sans la mémoire de nos amours anciennes, serions-nous qui nous sommes ?
Sans la mémoire de ce que fut l'amour, qu'en resterait-il aujourd'hui lorsque l'on ressent en être privé ?
Quand l'amour a disparu combien vivent avec le souvenir de ce qu'il fut ? Combien entretiennent l'illusion de ce qu'il aurait pu être pour survivre aujourd'hui ?

Est-ce que tu m'aimes encore ?
Est-ce que tu ne m'aimes plus ?
pourquoi tu ne m'aimes plus « comme avant » ?

Combien de fois sommes-nous ainsi dans cette nostalgie des amours anciennes, en ce compris avec la même personne.

Les psychologues de bazar, dans les revues à papier glacé pour femmes aux amours en glacière, vous proposent de dégeler les libidos congelées, en donnant un coup de jeunesse artificiel à vos amours anciennes.
Vente frelatée de conseils avariés.

Étrange nostalgie des amours anciennes dont nous sommes incapables de comprendre le message profond qui n'invite jamais aux retours en arrière illusoires.

On ne retourne pas dans le passé, on plonge dans l'histoire pour mieux vivre le présent, l'amour aujourd'hui en sa forme nouvelle, qui bouscule nos schémas et nous entraîne dans l'ailleurs de l'ici et maintenant.

Libellés :




|

lundi 23 novembre 2009

 
En forme de bilan

Le marathon d'écriture que j'organise deux fois dans l'année se termine. Il y eut 27 participants, c'est-à-dire quelques-uns de plus qu'en mai dernier. Mais ce qui m'a le plus surpris, c'est l'augmentation du nombre de textes publiés. 437 textes durant la semaine, soit une augmentation de 60 %, et les 27 marathoniens ont laissé 2560 commentaires. Et il en viendra sans doute encore, puisqu'il me semble que tout le monde n'a pas encore lu toute cette abondance de textes.
C'est dire si ce fut actif et si cela m'a beaucoup mobilisé moi-même en temps de lecture et de réaction.
Par rapport au marathon précédent, j'ai eu le sentiment d'une sorte de « maturité » dans l'écriture des participants. C'est le mot qui m'est venu, sans véritablement savoir expliciter.
On peut prendre plaisir à l'écriture de manière ludique. C'est ce que font certains participants, c'est très bien. J'ai moi-même écrit dans ce style pour m'amuser et me défouler.
On peut prendre plaisir à une écriture plus introspective, plus profonde, sur des préoccupations, des difficultés, des épreuves personnelles, mais aussi sur le sens de sa propre vie, sur des questions plus existentielles tout en restant bien collé à la réalité du vécu quotidien, dans la mesure où il est envisagé des orientations nouvelles de vie, par exemple.

Évidemment, j'ai assez naturellement une plus grande sensibilité pour ce type d'écrits dans le marathon. Parce que justement l'écriture en continu lorsqu'on se fait attentif à y déchiffrer son ressenti du moment dans la durée, produit des effets la plupart du temps bénéfiques, même s'il faut passer par des zones de turbulences, de douleur parfois, d'incompréhension, mais c'est toujours au final quelque chose dont on tire des profits, parfois inattendus.

Le marathon n'est cependant pas une forme de thérapie sauvage et collective ! C'est un lieu d'expression. On fait essentiellement cet exercice d'abord pour soi-même. Par plaisir d'écrire, fébrilité à le faire même. Certains se relevaient la nuit. D'autres ont publié plus de 20 textes. On a même parlé de « marathonite », en ces temps d'épidémie de Lagripa !

J'ai été frappé par des écritures de grande qualité. À mesure que l'on décrit dans la durée, s'installe une forme d'épure, des choses essentielles s'en viennent. Elles concernent la personne, mais elles prennent aussi une dimension universelle, et elles touchent d'autres personnes confrontées à des problématiques comparables. Au début on ne sait pas trop où on va aller. Beaucoup l'exprime. Il y a comme quelques tours d'échauffement. Et puis c'est parti. On arrive là où l'on ne pensait pas aller. On ose ce que l'on croyait ne pas pouvoir oser. On termine fatigué mais plutôt heureux.

L'organisateur que je suis a vécu ce même parcours. Parfois les choses se mélangeaient un peu dans ma tête. (Qui a écrit cela déjà ? Qui a parlé de tel sujet que j'ai envie d'aller relire ?). J'en ressors la tête un peu pleine, mais le coeur vraiment heureux.

Je ne pensais pas évoquer le marathon ici. Il faut croire que j'ai besoin d'un sas de décompression avant de reprendre l'écriture personnelle.

Libellés :




|

samedi 14 novembre 2009

 
Marathon

Voilà c'est parti.
« Le marathon d'écriture d'automne » a commencé ce matin. J'allais dire cette nuit, car il y avait déjà une première participante dès minuit.
Il y a 27 inscrits. C'est-à-dire quelques-uns de plus que l'an dernier. Et il en viendra peut-être encore.
Je me réjouis de cette expérience d'écriture à la fois individuelle et collective. Lorsque j'ai lancé cette idée collective en 2007 (plutôt que de me contenter d'un marathon personnel sur mon blog), je voyais surtout un aspect ludique. Avec le recul, je réalise que c'est au-delà du seul attrait, du seul plaisir. C'est une véritable expérience personnelle le plus souvent marquante, voire très marquante, pour certains participants. Il y a quelque chose de singulier dans cette écriture en continu, sans thème, sans consigne, sans projet préconçu. Simplement écrire. Simplement laisser venir l'écriture. Elle nous révèle à nous-mêmes. Elle montre des aspects méconnus. L'expérience se fait aussi en présence d'autres marathoniens ce qui en constitue une dynamique singulière par les interactions qui se produisent.
C'est pour cela que la lecture des autres n'est possible qu'aux participants du marathon. Ce ne sont pas à proprement parler des textes publics comme il peut en être sur un blog par exemple.

Je réalise que moi-même d'ailleurs j'écris différemment lorsque je fais mon propre marathon. Certains me proposaient que je publie quelques textes sur mon blog. C'est vrai qu'il y avait des choses « intéressantes » et qui formaient un tout en elles-mêmes... Et cependant, après réflexion, j'ai gardé ces textes "dans le marathon". Si certaines choses doivent m'être redonnées pour le blog, c'est une autre manière de faire.

Voilà.
Ce sera ici ma seule entrée de la semaine, car la plupart du temps je serais avec « les marathoniens »...

Si vous souhaitez vous inscrire sur le marathon, c'est toujours possible jusqu'à la fin de la semaine. Attention : devenir membre c'est s'engager à participer ! Si quelqu'un s'inscrit uniquement pour pouvoir lire les autres... Je me verrai dans l'obligation de le refuser, par respect pour mes engagements auprès des participants.
Vous voilà prévenus !...

Libellés :




|

mardi 10 novembre 2009

 
Petit rappel en passant...

Le prochain
MARATHON D'ECRITURE

a lieu

du SAMEDI 14 NOVEMBRE
AU DIMANCHE 22 NOVEMBRE 2009


Si vous souhaitez voir de quoi il s'agit,
consultez le site du Marathon

**

N'hésitez pas à vous inscrire !

Libellés :




|
 
Femmes de dieu...

Je terminais mon entrée précédente en disant que je vous parlerai du livre « les quatre femmes de Dieu ». C'est un ouvrage très intéressant, très documenté, montrant comment l'Eglise et les théologiens se sont constamment opposé à la libération de la femme et ont cherché à la maintenir dans une infériorité évidente.
Observons qu'il ne faut pas faire une fixation sur le catholicisme en ce domaine, la plupart des religions déconsidèrent la femme depuis toujours. (Le judaïsme et l'islam par exemple, pour ne citer qu'eux).

Évidemment, nous savons tout cela....
Mais, être mis devant l'accumulation extraordinaire des faits au fil des siècles, (ce que fait l'ouvrage dans ses 340 pages) est quand même particulièrement impressionnant !
L'ouvrage n'est pas un plaidoyer pour un camp ou pour un autre. Il se contente de rapporter la réalité des faits, l'auteur, historien, tente d'expliquer, et parfois se montre presque compatissant pour les gens d'église complètement aveuglés [moi je dirais plutôt pervers...] par des siècles de conneries... !
N'oublions pas de rappeler que Saint-Paul est à l'origine de tout cela... Qu'il a totalement dévoyé le message de Jésus, et en particulier le regard que celui-ci portait sur les femmes... Regard excessivement libérateur pour l'époque...
Mais ensuite, avec ce cher Saint Paul on a fondé une religion. qui a tout perverti...c Comme quoi le ver est toujours dans le fruit dès l'origine !...


Pour l'immédiat, je n'ai guère le temps de développer ce que j'annonçais hier.
Mais, promis, je le ferai...

Pour l'immédiat toujours, je livre à votre méditation quelques textes historiques, de l'excellente et très Sainte Eglise catholique de Dieu... tant sur la beauté de la femme... que sur sa sexualité...
Vous verrez... C'est édifiant !...

Odon de Cluny (en 942) :
« la beauté du corps ne réside que dans la peau. Si les hommes voyaient ce qui est sous cette peau, la vue seule des femmes leur serait nauséabonde... Et nous qui répugnons à toucher, même du bout des doigts, du vomi et du fumier, comment pouvons-nous désirer serrer dans nos bras ce sac de fiente ? »


En matière de sexualité, l'église catholique demeure quand même la championne dans la rédaction des écrits pornographiques, et la littérature contemporaine en ce domaine fini par faire pâle figure...
Quelques extraits des manuels de confession à usage des femmes, dont se délectaient probablement les confesseurs mâles, avant que de se confesser à un collègue de s'être « pollué manuellement », seul péché reproché par l'église à l'homme... :

as-tu fait ce que certaines femmes ont coutume de faire : fabriquer un objet en forme de membre viril, de la longueur qui lui plaît, et, après l'avoir muni de sangles, le mettre dans ton sexe ou dans celui de quelqu'un d'autre ?
As-tu fait ce que certaines femmes ont coutume de faire : pour apaiser le désir qui les harcelle, elles s'unissent comme si elles devaient s'accoupler et y parviennent en rapprochant leur sexe, s'efforçant de calmer leur excitation en se frottant ?
As-tu fait ce que certaines femmes ont coutume de faire : forniquer avec ton petit enfant, en le plaçant sur tes parties honteuses pour simuler la fornication ?
As-tu fait ce que certaines femmes ont coutume de faire : te coucher sous un animal et l'exciter au coït par tous les moyens, pour qu'il s'accouple avec toi ?
As-tu fait ce que certaines femmes ont coutume de faire : prendre un poisson vivant et se le mettre dans le sexe, l'y laisser jusqu'à ce qu'il meure, puis, une fois cuit ou frit, le donner à manger aux maris ?
As-tu livré ton corps ou as-tu été la maquerelle d'autres femmes ? As-tu donné ton corps à la souillure de tes amants comme les prostituées pour en tirer de l'argent ?

Les manuels de confession plus récents, encore en usage au début du XXe siècle, veillaient également à la pureté des jeunes filles :

avez-vous eu des pensées impures et déshonnêtes ? Depuis combien de temps ? En quoi consistaient-elles ? D'où vous étaient-elles venues ? est-ce de l'aspect de votre corps ou de celui des autres ? Sont-ce de propos obscènes qui les ont fait naître ? Ces pensées ont-elles excité en vous des mouvements impurs ? Avez vous désiré faire ce à quoi vous pensiez ? L'avez-vous essayé ? Vous êtes-vous masturbée ? Y a-t-il eu des attouchements impurs ? Depuis combien de temps et dans quelle intention l'avez-vous fait ? Les sensations voluptueuses que vous avez éprouvées étaient-elles bien plus forte à la fin qu'au début ? Avez-vous continuée ces attouchements jusqu'à l'entière cessation du plaisir ?


(Ensemble des citations extraites de l'ouvrage précité...)

*


A suivre....

Libellés :




|

lundi 9 novembre 2009

 
Femme de ménage

J'ai trouvé cette photo chez gicerilla. Elle illustre un petit texte savoureux sur l'art de cirer les chaussures et ses conséquences étonnantes !...
Cependant, dans les propos qui suivent, je dissocie totalement cette photo du contexte de ce blog, et ne considère à présent que la photo elle-même.

J'ai trouvé cette photo particulièrement machiste. Elle illustre, certes avec un peu de talent, les fantasmes masculins habituels de la soubrette, autant disponible pour nettoyer la salle de bains, que pour faire dégorger le membre viril du client de l'hôtel. En écrivant cela, je ne joue pas les pères la pudeur, j'ai largement moi aussi fantasmé sur tout cela dans mon jeune temps, avant que d'aller m'en confesser, pour mieux pouvoir recommencer...
La question n'est pas non plus dans l'érotisme supposé de la photo. Le nu dévoilé et académique, l'érotique qui cache pour mieux montrer, cela peut-être d'une beauté sublime, et même mystique. La nudité est constamment présente chez les peintres qui ont illustré des scènes bibliques et religieuses en général. Certains papes ont fait rajouter quelques feuilles de vigne aux endroits idoines, avant que d'autres ne les fassent retirer...

La question est plutôt dans la posture et l'angle de prise de vue. On y voit la femme nettoyant la baignoire (de l'homme ?), tout en étant dans une pause où elle manifeste l'offrande impudique de son corps objet. On ne voit pas son visage. Normal, le corps objet doit en être privé pour être valablement consommable.

J'aurais pu totalement "passer à côté" de cette photo, on est tellement habitué à des postures comparables dans la présentation de la femme dans les médias en général, dans la publicité en particulier, qu'il n'y a plus guère de raison de se retourner... Et encore moins de se sentir interpellé, voire choqué.
S'il n'en est pas ainsi, c'est probablement parce que ces derniers temps j'ai porté un intérêt au blog de Miettes, qui, comme elle le déclare dans son préambule, « s'est affirmé, ici dans une posture résolument "féministe". »

J'ai toujours été quelque peu ambivalent avec le mouvement féministe. J'avais des copines militant au MLF. Je soutenais ce combat, en même temps que j'en déplorais les excès (à mes yeux évidemment...). J'espérais que l'homme et la femme, au lieu de s'opposer, arrivent à vivre un jour leur complémentarité puisque celle-ci me semblait être par essence même la réalité de l'humanité toute entière.
En lisant le blog de Miettes me revenaient ces ambivalences en moi, où se mêlent à la fois admiration et agacement, soutien et rejet.

Sans doute que ces ambiguïtés résultent d'éléments fortement enkystés au fond de mon cerveau reptilien ! , en tant que masculin.
Finalement, je m'accommode aisément d'une "condition féminine" qui devrait se satisfaire de ce qu'elle a obtenu, pour ne pas dire de ce que l'homme, (l'univers des mâles), lui a concédé...
« Qu'est-ce qu'elles veulent encore ! »...
C'est terrible de réaliser qu'il y a quelque part en moi ce genre de pensée, de ressenti latent, comme s'il s'était incrusté en moi, masculin, depuis tellement longtemps, tellement de générations, la nuit des temps peut-être...

Moi qui fus si heureux d'avoir deux filles, j'entends encore mon père me dire : « j'espère que tu vas nous faire un garçon ! ». Et certains de mes amis quasiment déplorer cette sorte de malchance de n'avoir eu que des filles...

Le mâle domine le monde au lieu d'occuper sa place et de vivre cette complémentarité qui cependant pourrait générer une société plus « aimante », plus aimable. Mais, au fond de moi-même, à tort ou à raison, j'ai tendance à penser : et à condition que la femme ne veuille pas "faire l'homme" et imposer sa propre domination.
Autrement dit, je me surprends à me dire plus ou moins, (en parodiant Coluche ! ) : l'homme et la femme sont égaux, mais l'homme est plus égaux que la femme...
Encore récemment, une magistrate que je connais bien, me rapportait ce propos d'un père/mari, profession libérale de notoriété, bon chic bon genre, qui frappait sa femme : « ce n'est quand même pas la bonne femme qui va faire la loi à la maison !... ».

Finalement, ce n'est pas tellement le combat de la femme pour conquérir sa juste place avec ses excès incontournables qui me fait problème parfois, c'est plutôt le conditionnement social, sociétal, millénaire dans lequel je suis englué, en tant qu'homme, tout comme la femme l'est en tant que femme. car dans ce combat, même si l'homme semble avoir le beau rôle du dominant, il n'y a que souffrance enfouie ou manifestée, tant pour le masculin que pour le féminin.

C'est un véritable "combat d'humanité" qui nous attend encore et toujours...

*


(À suivre... Épisode suivant :
Je vous parlerai prochainement de l'excellent livre « les quatre femmes de Dieu (la Putain, la sorcière, la sainte et Bécassine) » de Guy Bechtel, de l'impact qu'il a eu sur moi, et je reviendrai sans doute sur le cheminement fait en couple en ce domaine...)

Libellés : ,




|

vendredi 6 novembre 2009

 
Ouverture

Claude Levi-Strauss vient de décéder. Le hasard fait qu'en même temps je reçois les grands interviews de Bernard Pivot en DVD que j'avais commandé il y a quelque temps. Dès lors hier soir j'ai regardé celui qui lui était consacré.

Je n'ai aucune compétence pour apprécier la valeur intrinsèque de son oeuvre d'ethnologue. Je n'ai qu'un très vague souvenir de « tristes tropiques » qui à l'époque ne m'avait pas particulièrement passionné, et qu'il faudrait que je relise.

Comme souvent chez moi, en regardant l'interview (il était quand même extra Pivot pour faire parler ses interlocuteurs...) C'est l'homme en tant que tel qui m'intéresse toujours en premier.
Il m'est apparu comme un grand homme captivant qui aurait gardé comme intacte toute sa dimension d'enfant avide et chercheur. Cette passion de regarder qu'il a toujours eu, d'observer de chercher à comprendre et en quelque sorte de s'extraire de ce qu'il observe tout en se plongeant au coeur même de son observation.

Il y a en lui un acharnement à découvrir et connaître. Dans une autre interview il explique que pour écrire l'un de ses ouvrages il a débrouillé quelque chose comme 7000 livres et articles et que dans les années 50 il avait lu tout ce qui avait pu se publier en ethnologie...

Ce que je voyais chez ce déjà vieil homme, c'était une extraordinaire avidité de vivre et découvrir encore...
C'est aussi ce parcours atypique. Prof de philosophie devenant ethnologue de manière autodidacte, et faisant autorité. (Et donc forcément objet de critiques par ailleurs).

Je ne sais pourquoi je parle de cela ici.
Je suis totalement incompétent pour dire quoi que ce soit d'intéressant sur son oeuvre. Alors, qu'est-ce qui m'attire donc ?

Je crois que quelque part j'envie ce parcours. J'envie l'ampleur de ses capacités intellectuelles. J'envie aussi sa modestie qui semble lui être naturelle tout en ayant conscience de la grandeur de ses ambitions en même temps que du dérisoire de notre condition humaine. Je regrette aussi sans doute d'être passé à côté de cette ouverture aux autres sociétés en ce qu'elles peuvent enrichir ma recherche sur la nature profonde de l'être humain. Certes, je ne suis pas ignare. Mais mon intérêt pour d'autres civilisations, pour des peuplades lointaines, est resté toujours plus ou moins marginal... J'allais presque dire... exotique !...

Je me souviens d'un ami qui, il y a plus de 25 ans, connaissant ma passion pour la connaissance de l'être humain, m'avait offert un livre sur les petits royaumes du Tibet. J'avais montré de l'intérêt, mais insuffisamment de passion. J'aurais dû être plus attentif, d'autant que c'était un ami qui avait l'art d'offrir le « juste cadeau », celui qui est susceptible de vous ouvrir, de vous amener un peu plus loin sans pour autant vous disperser.

Je vais aller relire ce livre.

Libellés :




|
Weblog Commenting and Trackback by HaloScan.com